"La Païenne" Extrait 2

"... Le choc de son extase atteint Bélissenda en plein ventre. La voilà projetée hors de son corps, au-dessus de la caverne et de la grande forêt, parmi les étoiles et la voie lactée.

Surprise de se retrouver si haut, si loin, elle a un moment de frayeur qui la précipite à toute allure vers les cimes des pins et des hêtres. Mais une voix tendre, qui ne peut être que celle de la Déesse, arrête sa chute:

- N'aie pas peur, Bélissenda. Moi, je sais où tu vas...  et je serai toujours là pour te montrer ton chemin...

Apaisée, elle se laisse guider par la mystérieuse présence qui soutient son vol. Près d'elle, elle perçoit les ombres de ses compagnes, filant comme le vent à travers la nuit froide.

- Le char de la lune!  murmure la voix de la vieille, loin, très loin au-dessous d'elle;  le char d'Hérodiane, de Bélisama!

Remplaçant le vertige, un immense sentiment de plénitude envahit tout son être. Pleine de l'amour le plus pur, elle s'offre à la profondeur de la nuit, à la lueur lointaine des mille soleils de l'univers, aux vents qui caressent les arbres et qui viennent de pays inconnus qu'elle ne visitera jamais. Peu importe:  le monde entier est en elle, et la force de la Grande Mère la soulève, l'emportant vers les cieux. Elle vient du fond des âges, et son existence n'aura jamais de fin. Elle, Bélissenda, est éternelle, éternelle comme la vie elle-même, comme la succession des jours et des nuits, du soleil et de la lune.

- Le char d'Hérodiane!

 

A une allure vertigineuse, elles parcourent la campagne endormie, survolent des villages, contournent d'immenses rochers et traversent de sinueuses rivières. Bélissenda perçoit le battement de la terre, les ondes frémissantes qui la parcourent, le feu qu'elle couve en son sein. Elle devient ce feu, se laisse brûler et consumer par lui, puis renaît de ses cendres pour plonger dans l'obscurité de la nuit, survolant les nuages et devenant scintillance de lune, nimbée de lumière blanche.

Les dieux sont avec elle. Les dieux sont en elle. Tous les dieux, toutes les déesses...  et aussi les génies des arbres, les dames des sources et des grottes, les petits hommes de la forêt, les esprits qui hantent les souches d'arbres et les pierres moussues...  tout cela est en elle. Comme elle-même fait partie de chaque brin d'herbe, du plus léger souffle de vent au-dessus des blés, de chaque luciole brillant dans la prairie...  son coeur déborde de joie. Elle conduit le char, le char de la lune. Et sa puissance est infinie...  comme l'Amour..."

Photo Lisbet Guldbaek

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"Comme une Evi'Danse" samedi 3 juin à Auxerre

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